Les éloges de Londres pour la coopérative d’habitat amstellodamoise De Nieuwe Meent


La coopérative d’habitat amstellodamoise De Nieuwe Meent bénéficie d’une reconnaissance internationale croissante. Le prestigieux magazine britannique d’architecture The Architectural Review a récemment publié un long article particulièrement élogieux sur ce projet, qui constitue, selon son auteur Mark Minkjan, une alternative rare et porteuse d’espoir sur un marché néerlandais du logement de plus en plus difficile d’accès. Dans un contexte marqué par la hausse des loyers, les longues listes d’attente pour le logement social et l’exclusion croissante du marché résidentiel, le magazine présente De Nieuwe Meent comme un exemple concret démontrant qu’un habitat abordable, collectif et durable reste possible aujourd’hui.

De Nieuwe Meent est né à la suite d’un appel lancé par la ville d’Amsterdam en 2018 afin de donner davantage de place aux coopératives d’habitat. Un collectif d’habitants engagés a remporté l’appel à projets avec une proposition ambitieuse que ses initiateurs décrivaient comme une « commune urbaine postcapitaliste ». La ville a mis le terrain à disposition via un bail emphytéotique à un prix inférieur au marché, ouvrant la voie à plusieurs années de co-conception, de recherche de financement et d’organisation collective. Le projet a été réalisé par Time to Access et Roel van der Zeeuw Architecten — devenu depuis Raumplan — en étroite collaboration avec le groupe d’habitants.

Une vision radicale de l’habitat

Selon The Architectural Review, De Nieuwe Meent se distingue avant tout par la vision sociale et politique explicite qui sous-tend le projet. Les initiateurs ont traduit leurs convictions anticapitalistes, queer féministes, écosocialistes et antiracistes en quatre valeurs fondamentales : le commoning (mise en commun), la diversité, la durabilité et le soin. Ces principes ont non seulement structuré l’organisation de la communauté, mais ont également guidé l’architecture et l’aménagement du bâtiment. Le magazine souligne à quel point il est rare de voir des idéaux aussi affirmés être traduits de manière aussi cohérente dans l’espace bâti.

L’immeuble de sept étages comprend vingt logements accueillant au total quarante-quatre adultes et sept enfants, répartis entre appartements indépendants et habitats collectifs. De nombreux équipements sont partagés : un grand jardin intérieur, une cuisine professionnelle, une terrasse sur le toit, une buanderie, des chambres d’amis et un espace événementiel. Le rez-de-chaussée accueille également un café ouvert au public ainsi qu’une librairie spécialisée en littérature arabe. Selon l’article, De Nieuwe Meent démontre avec force que des équipements de qualité deviennent accessibles à un plus grand nombre lorsqu’ils sont organisés collectivement plutôt que privatisés individuellement.

L’architecture comme bien commun

Sur le plan architectural également, le projet reçoit de nombreux éloges. Time to Access décrit De Nieuwe Meent comme une « démocratisation radicale de l’architecture », où les frontières entre maître d’ouvrage, concepteur et utilisateur s’estompent volontairement. Le processus participatif a donné naissance à une diversité de typologies de logement ainsi qu’à un bâtiment fortement adapté aux besoins concrets de ses habitants. Le patio central relie les différentes fonctions et unités d’habitation, tandis que l’équilibre entre espaces privés et espaces collectifs a été volontairement maintenu à près de cinquante-cinquante.

La durabilité occupe également une place centrale. Le bâtiment repose sur une structure circulaire en bois lamellé-croisé (CLT) et sur une construction préfabriquée à ossature bois. Selon Time to Access, le projet contient plus de 247 000 kilogrammes de bois, permettant le stockage d’environ 450 tonnes de CO₂. Grâce aux panneaux solaires, à un système géothermique, à une isolation performante et à du triple vitrage, l’ensemble a été conçu comme un projet à énergie positive. The Architectural Review salue particulièrement l’association entre ambitions écologiques, accessibilité financière et dimension collective, une combinaison que le magazine juge rarement aussi cohérente.

Une réussite loin d’être évidente

L’article rappelle toutefois les nombreuses difficultés rencontrées au cours du projet. La hausse des prix du bois après l’invasion russe de l’Ukraine, la complexité des montages financiers et le manque d’expérience des banques et des entrepreneurs avec les coopératives d’habitat ont fortement compliqué sa réalisation. Plusieurs habitants ont finalement participé eux-mêmes à certaines finitions afin de préserver les ambitions initiales en matière de durabilité. Le projet a ainsi nécessité plus de sept années de développement, soit nettement plus qu’une opération immobilière classique.

Si De Nieuwe Meent est aujourd’hui considéré comme un projet de référence à l’échelle internationale, The Architectural Review souligne également que ce type d’initiative demeure exceptionnel. Le financement des coopératives d’habitat à vocation sociale reste particulièrement difficile dans les conditions actuelles du marché, malgré les nouveaux mécanismes de soutien mis en place par la ville d’Amsterdam et certaines banques néerlandaises. Selon le magazine, De Nieuwe Meent démontre avant tout le potentiel considérable du modèle coopératif, même si sa généralisation à grande échelle demeure, pour l’instant, un défi majeur.