Dans le cadre de l’exposition Ici, je veux vivre ! Rêves de logement coopératif en Flandre, Architectuurwijzer et le STAM ont organisé une soirée-débat consacrée à « l’habitat coopératif dans le patrimoine exceptionnel ». À cette occasion, Jos Praat, président et habitant de la coopérative d’habitat Daal en Berg, a offert un aperçu du fonctionnement quotidien de la Papaverhof à La Haye. Il a commencé son intervention de manière personnelle, en évoquant une scène de la vie quotidienne dans le quartier : « Ce matin, en revenant de la boulangerie et en voyant le soleil raser les toits vers la cour, j’ai de nouveau été frappé par la beauté du complexe imaginé par Jan Wils. » Ces moments le remplissent de fierté, dit-il, mais lui rappellent aussi que ce patrimoine exige un entretien et un engagement constants.
Praat souligne que la préservation de la Papaverhof ne va pas de soi. « C’est parfois, pour reprendre les mots d’un chanteur néerlandais, du sang, de la sueur et des larmes pour pouvoir transmettre correctement ce patrimoine aux générations futures. » Cette responsabilité est assumée directement par les habitants. La coopérative Daal en Berg existe depuis 1917 et gère aujourd’hui l’ensemble du complexe. « Ce que nous faisons, c’est gérer. Nous ne développons pas. L’enjeu est de laisser ce patrimoine en bon état pour les générations suivantes. »
Une expérience résidentielle moderniste
La Papaverhof a été construite en 1921 sur les plans de l’architecte Jan Wils, influencé à la fois par Berlage, Frank Lloyd Wright et les idées de De Stijl. Le complexe forme un ensemble fermé autour d’une grande cour intérieure verte. Praat explique comment Wils a organisé les logements : « La première chose qu’il a dessinée, c’est la pelouse centrale. Autour, il a disposé soixante-huit maisons unifamiliales, puis soixante logements en appartements. » Le résultat est un ensemble compact dans lequel chaque habitation bénéficie d’une vue sur la cour centrale.
Aujourd’hui classée monument national, la Papaverhof est considérée comme un exemple unique d’architecture dans l’esprit de De Stijl. Selon Praat, il s’agit même d’un cas exceptionnel : « Nous sommes le seul ensemble résidentiel au monde entièrement construit sur la base des principes de De Stijl. » La coopérative Daal en Berg y gère 128 logements et combine des logements locatifs avec un système de droits d’usage pour une partie des habitants.
Le fonctionnement de la coopérative
La particularité de la Papaverhof réside dans le fait que les habitants gèrent eux-mêmes le complexe via leur coopérative. L’association est propriétaire des bâtiments et décide collectivement de leur entretien et de leur occupation. « La coopérative est propriétaire des logements. Les murs nous appartiennent donc, » explique Praat. Les membres peuvent louer un logement ou acquérir un droit d’usage, mais le bien immobilier reste propriété de la coopérative, ce qui garantit l’intégrité de l’ensemble et empêche la spéculation.
L’organisation de la coopérative ressemble à bien des égards à celle d’une petite entreprise. Il existe une assemblée générale composée de 128 membres, un conseil d’administration constitué d’habitants et un bureau exécutif qui se réunit chaque semaine. « Tous les mardis après-midi, nous nous retrouvons pour examiner toutes les questions et prendre les décisions nécessaires. » Des groupes de travail sont également actifs, notamment sur la durabilité ou la gestion des espaces verts, ainsi qu’un conseil de surveillance chargé de contrôler l’action du conseil d’administration.
Avantages et défis
Selon Praat, ce modèle présente des avantages évidents. Les habitants ont une influence directe sur leur cadre de vie et les décisions peuvent être prises rapidement. « Le conseil d’administration est composé d’habitants, ce qui permet une implication directe dans les décisions concernant leur environnement. » Cela crée des circuits courts et un fort engagement dans l’entretien du complexe.
En même temps, la gestion d’un ensemble résidentiel classé est particulièrement exigeante. Les coûts d’entretien sont élevés et les subsides limités. « Nous ne recevons pas un centime d’aucune institution. Nous devons subvenir nous-mêmes à nos besoins. » La coopérative doit couvrir l’ensemble des coûts via les loyers et les contributions des habitants. À cela s’ajoutent des problèmes techniques, comme des affaissements ou des infiltrations d’eau dans les caves, qui nécessitent des investissements importants.
Une communauté autour du patrimoine
Malgré ces défis, la cohésion sociale reste l’un des principaux atouts de la Papaverhof. Les habitants organisent des groupes de travail, entretiennent ensemble les espaces verts et se retrouvent régulièrement pour des activités. « Nous avons une journée de travaux, une réception de Nouvel An et parfois une fête avec barbecue dans la Papaverhof. » Ces initiatives renforcent le lien entre les habitants et leur lieu de vie.
Pour Praat, c’est précisément cette dimension qui explique la longévité de la coopérative. L’engagement des habitants est à la fois pratique et émotionnel. « Nous faisons cela pour les enfants, pour la nouvelle génération qui arrive. » Mais aussi pour le patrimoine lui-même : « La Papaverhof de Jan Wils est une création unique qui mérite qu’on s’y investisse. » Le plus beau compliment adressé à la coopérative est peut-être que les habitants ne souhaitent pratiquement pas partir : « Une fois installés ici, ils n’ont en réalité plus envie de partir. »