Fin février, Bruxelles a accueilli la première rencontre de la European Collaborative Housing Alliance. Des représentants venus de toute l’Europe s’y sont réunis pour formuler des recommandations concrètes en faveur des modèles d’habitat collaboratif, dans le contexte du nouveau plan européen pour le logement abordable. Cette rencontre a montré que ces formes d’habitat entendent se positionner plus clairement dans le débat européen sur le logement.
La réunion, organisée les 25 et 26 février, a rassemblé un large éventail d’acteurs, allant des institutions européennes aux organisations de terrain. Parmi les participants figuraient notamment la Commission européenne, Housing Europe, UN Habitat et l’International Tenants’ Union. Community Land Trust Brussels a joué un rôle actif et a accueilli une partie du programme à Arc-en-Ciel, un projet d’habitat collectif à Molenbeek servant de référence concrète.
Des pratiques locales à l’agenda européen
Arc-en-Ciel comprend 32 logements, un jardin commun et des espaces partagés, et a été réalisé avec une forte implication des habitants. Ceux-ci ont non seulement participé au processus de conception, mais ont également contribé à la gouvernance et aux valeurs collectives du projet. Depuis son occupation, les habitants y organisent des initiatives qui renforcent la cohésion sociale du quartier.
Lors des échanges, le modèle des Community Land Trusts a été mis en avant comme l’une des réponses possibles à la crise du logement. En dissociant le foncier du bâti et en retirant le terrain du marché spéculatif, ce modèle permet de maintenir l’accessibilité financière sur le long terme. D’autres modèles, tels que les coopératives d’habitat et les promoteurs à but non lucratif, poursuivent des objectifs similaires à travers des structures juridiques et financières variées.
Du projet à l’échelle
Un enjeu central de la rencontre portait sur la manière de faire changer d’échelle ces modèles. Il a été souligné que le soutien public devrait idéalement garantir une accessibilité durable, plutôt que produire des effets temporaires. Parmi les leviers évoqués figuraient la protection contre la spéculation, des conditions claires liées aux financements publics et un meilleur positionnement juridique des acteurs non lucratifs du logement.
L’ampleur du mouvement continue par ailleurs de croître. En Europe, on recense aujourd’hui plus de 350 initiatives de Community Land Trusts, représentant environ 7 000 logements réalisés, auxquels s’ajoutent près de 25 000 logements en développement. Parallèlement, un écosystème financier plus large se met en place, avec notamment des prêts via des institutions comme la Council of Europe Development Bank, ainsi que l’implication de banques éthiques et de fonds coopératifs.
Un rôle structurel dans la politique européenne du logement
Les échanges à Bruxelles s’inscrivaient dans les priorités de la politique européenne du logement, telles que l’augmentation de l’offre, la mobilisation des investissements et le soutien aux groupes vulnérables. Le rôle des formes d’habitat collaboratif a été souligné dans des domaines comme la rénovation, l’adaptation climatique et l’inclusion sociale. Elles sont de plus en plus perçues comme complémentaires aux instruments existants.
Selon Geert De Pauw de Community Land Trust Brussels, ces initiatives ne demandent pas « une plus grande part du gâteau », mais montrent qu’elles sont « en train de le préparer ensemble ». La rencontre de Bruxelles a ainsi mis en évidence une ambition croissante : positionner l’habitat collaboratif comme un partenaire à part entière des politiques européennes du logement, en vue d’une accessibilité durable et d’une plus-value sociétale élargie.